« Il faut être exemplaire. » On le répète aux managers depuis toujours, comme une évidence morale. Ce qu'on dit rarement, c'est que ça se mesure, et que ça s'entraîne comme n'importe quelle autre compétence.
Une expérience de terrain, pas une opinion
En 1985, le chercheur Christopher Orpen a mené une expérience simple sur 25 responsables d'agence dans une compagnie d'assurance. Répartis au hasard, une partie a suivi 48 heures de formation au behaviour modeling, c'est-à-dire l'entraînement à incarner concrètement les comportements attendus de leurs équipes, plutôt qu'à seulement les énoncer. Un an plus tard, les managers formés obtenaient des évaluations de performance significativement supérieures, et les bénéfices de leur agence avaient augmenté nettement plus que ceux des managers non formés.
Ce n'est pas un sondage d'opinion ni une étude corrélationnelle. C'est une expérience contrôlée, avec un groupe témoin, qui isole l'effet de l'entraînement lui-même. L'exemplarité n'est pas sortie de nulle part : elle a été construite, en 48 heures, avec un effet mesurable sur le compte de résultat.
Le mindset se voit, et se change
La psychologue Carol Dweck distingue deux postures chez un manager. Le mindset fixe : on juge un collaborateur compétent ou non dès le départ, et cette étiquette ne bouge plus, même quand la personne progresse réellement. Le mindset de croissance : on part du principe que les compétences se développent, et on continue à observer, corriger, encourager.
Les travaux de Peter Heslin, Don VandeWalle et Gary Latham montrent que les managers au mindset fixe font beaucoup moins de coaching de développement, et surtout, ne remarquent pas les progrès de leurs équipes quand ils ont lieu. Ils restent bloqués sur leur première impression. Bonne nouvelle : Dweck elle-même le documente, un simple atelier centré sur le mindset de croissance suffit à faire bouger cette posture chez un manager.